Ce ne sont là que quatre mots, pourtant ils sont comme une formule magique, en raison de leur capacité à déclencher immédiatement en chaque être humain des intuitions bien particulières. Il est rare que ces intuitions soient les mêmes pour tous. L’effet est comparable à celui de la musique. Tout comme la musique, ces quatre mots trouvent la voie qui mène directement à l’esprit de l’être humain, à son « moi » véritable. Bien entendu, cela vaut uniquement pour ceux qui n’emmurent pas totalement l’esprit en eux, ce qui leur aurait déjà fait perdre leur véritable qualité d’humain sur Terre.
Mais, en entendant ces mots, tout être humain se souviendra spontanément d’une expérience vécue antérieurement, quelle qu’elle soit. Celle-ci se présente à lui de façon vivante et, avec cette image, naît une intuition correspondante.
Pour l’un, ce sera un attendrissement nostalgique, un bonheur mélancolique, ou encore une aspiration secrète et irréalisable. Pour d’autres, par contre, ce sera l’orgueil, la colère, l’épouvante ou la haine. L’être humain pense invariablement à quelque chose qu’il a vécu autrefois, qui a produit sur lui une impression extraordinaire et qu’il croyait pourtant éteint en lui depuis bien longtemps.
Cependant, rien n’est éteint en lui, rien n’est perdu de ce qu’il a réellement vécu autrefois en son for intérieur. Il peut encore considérer tout cela comme son bien propre, comme une chose vraiment acquise et donc durable. Mais cela vaut uniquement pour ce qui a été vécu ! Rien d’autre ne pourra naître à ces mots.
Que l’être humain y veille avec attention et vigilance, alors il ne tardera pas à distinguer ce qui est réellement vivant en lui de ce qui peut être qualifié de mort, pareil à une enveloppe sans âme faite de souvenirs inutiles.
Pour l’homme – il ne s’agit pas ici de son corps physique – seul a une raison d’être et une utilité ce qui a exercé au cours de sa vie terrestre une influence suffisamment profonde pour marquer son âme d’une empreinte durable, c’est-à-dire indélébile. Des empreintes de ce genre sont les seules à avoir une influence sur la formation de l’âme humaine et par conséquent à encourager l’esprit à évoluer constamment.
En réalité, seul ce qui laisse une impression d’une telle profondeur est de ce fait vécu et acquis par l’être humain. Tout le reste passe comme un souffle dépourvu d’effets, ou sert tout au plus à générer des événements susceptibles de faire naître des impressions de cette intensité.
Heureux celui qui peut considérer comme siennes nombre d’expériences vécues aussi fortes, peu importe que ce soit la joie ou la douleur qui les ait provoquées, car les impressions qu’elles laissent seront un jour le bien le plus précieux que l’âme humaine emportera sur son chemin dans l’au-delà. –
Telle qu’elle s’exerce aujourd’hui, l’activité purement terrestre de l’intellect sert uniquement, à condition d’être bien employée, à faciliter la vie terrestre du corps. Voilà, à bien y réfléchir, le but proprement dit de toute activité intellectuelle ! Elle n’a en définitive jamais d’autre résultat. Cela vaut pour toute érudition, quel qu’en soit le domaine, ainsi que pour toute activité publique ou privée, pour l’individu comme pour les nations, et même pour l’humanité entière.
Mais tout s’est malheureusement soumis sans réserve au seul intellect et se trouve ainsi lourdement enchaîné par l’étroitesse terrestre de la capacité d’entendement, ce qui devait évidemment entraîner des conséquences néfastes dans toutes les activités et dans tous les événements, et en entraînera bien d’autres encore.
Il n’y a sur la Terre entière qu’une seule exception à cet égard. Cette exception ne nous est toutefois pas offerte par l’Église, comme certains pourraient le penser et comme cela devrait en fait être le cas, mais par l’art ! Pour ce dernier, l’intellect joue en effet inévitablement le second rôle. Mais là où l’intellect conquiert la suprématie, l’art se trouve aussitôt rabaissé au niveau d’un métier ; il tombe immédiatement et incontestablement très bas. C’est là une conséquence logique qui, dans sa simplicité naturelle, ne peut absolument pas être différente. On ne saurait trouver ici la moindre exception.
Il faut évidemment tirer la même conclusion dans tous les autres domaines ! Cela n’incite-t-il pas l’homme à réfléchir ? Ses yeux devraient pourtant se dessiller ! Celui qui réfléchit et compare les faits verra nettement que, partout où l’intellect domine, il ne peut obtenir qu’un produit de substitution, c’est-à-dire quelque chose de médiocre ! Face à cette réalité, l’être humain devrait reconnaître la place qui revient tout naturellement à l’intellect si l’on veut édifier quelque chose de juste et de valable !
Seul l’art est encore issu jusqu’à présent de l’activité de l’esprit vivant, de l’intuition. Lui seul a eu une origine et une évolution naturelles, donc normales et saines. Toutefois, l’esprit ne s’exprime pas par l’intellect mais bien par les intuitions, et il se manifeste uniquement par ce que l’on nomme généralement « les qualités de cœur ». Et c’est précisément ce que l’homme intellectualisé d’aujourd’hui ridiculise et bafoue si volontiers, tant il est imbu de lui-même. Il raille ainsi ce que l’être humain a de plus précieux, ce qui fait justement de lui un être humain !
L’esprit n’a rien à voir avec l’intellect. Si l’être humain veut que tout s’améliore enfin, il doit tenir compte de la Parole du Christ : « C’est à leurs œuvres que vous les reconnaîtrez ! » L’heure est venue où cela va se réaliser.
Seules les œuvres de l’esprit portent, par leur origine même, la vie en elles, et donc la pérennité. Tout le reste est contraint de s’effondrer quand l’heure de la floraison est passée. Au moment de récolter les fruits, le vide devient manifeste !
Il suffit d’examiner l’histoire ! Seule l’œuvre de l’esprit, c’est-à-dire l’art, a survécu aux peuples qui se sont déjà effondrés sous l’action de leur intellect froid et dénué de vie. Leur éminent savoir, si souvent prôné, n’a pu leur offrir aucune planche de salut. Égyptiens, Grecs et Romains suivirent cette voie, de même que plus tard les Espagnols et les Français, et aujourd’hui les Allemands – mais les œuvres d’art authentiques leur ont survécu à tous ! Elles ne pourront d’ailleurs jamais périr. Or, personne n’a remarqué avec quelle stricte régularité ces faits se sont répétés. Nul n’a songé à déceler la véritable racine de ce terrible mal.
Au lieu de chercher cette dernière et de mettre une fois pour toutes un terme à la décadence qui se répète constamment, on s’y soumit aveuglément et, avec force plaintes et lamentations, on se résigna au fait que l’on ne puisse absolument rien y changer.
À présent, l’humanité entière en est finalement atteinte ! Bien des malheurs sont déjà derrière nous, et de plus grands encore nous attendent. Une profonde douleur gagne les rangs serrés de ceux qui sont concernés et dont certains sont dès à présent touchés.
Songez à tous les peuples qui ont déjà dû s’effondrer dès qu’ils avaient atteint leur plein épanouissement et leur apogée intellectuelle ! Les fruits qui ont mûri à partir de cette floraison étaient partout les mêmes : immoralité, impudeur et débauche sous diverses formes, inévitablement suivies de la décadence et de la ruine !
La parfaite similitude est particulièrement frappante pour chacun ! Et toute personne qui réfléchit doit découvrir dans ce phénomène la nature bien particulière des lois les plus rigoureuses, de même que leur logique.
L’un après l’autre, ces peuples ont finalement dû reconnaître que leur grandeur, leur puissance et leur magnificence n’étaient qu’apparentes, uniquement maintenues par la force et la contrainte, et non solidement établies sur une base saine qui leur est propre.
Ouvrez donc les yeux au lieu de vous décourager ! Regardez autour de vous, tirez la leçon des événements passés et comparez-les avec les messages qui, depuis le Divin, sont parvenus jusqu’à vous, voici déjà des milliers d’années, et vous trouverez infailliblement la racine du mal dévorant qui fait à lui seul obstacle à l’ascension de l’humanité entière.
Ce n’est que lorsque ce mal aura été totalement extirpé que sera ouverte la voie qui mène à l’ascension générale, pas avant ! Celle-ci sera alors durable parce qu’elle portera en elle un élément vivant issu de l’esprit, ce qui était exclu jusqu’à présent. –
Avant d’approfondir le sujet, je vais expliquer ce qu’est l’esprit, seul élément réellement vivant en l’homme. L’esprit n’a rien à voir avec l’intelligence, ni avec l’intellect ! L’esprit n’est pas davantage un savoir acquis. C’est donc une erreur de dire que quelqu’un a « de l’esprit » lorsqu’il a beaucoup étudié, lu et observé et qu’il sait en parler avec aisance, ou lorsqu’il brille par des saillies et des réparties intellectuelles.
L’esprit est tout autre chose. Il est d’une essence spécifique, il est issu d’un monde de nature identique à la sienne, un monde différent de la partie à laquelle appartient la Terre, et par conséquent le corps. Le monde spirituel se trouve plus haut, il constitue la partie la plus élevée et la plus légère de la Création. En raison de son essence, cette partie spirituelle qui est en l’homme a pour mission de retourner sur le plan spirituel dès que toutes les enveloppes matérielles se sont détachées d’elle. L’aspiration qui pousse l’esprit à ce retour se libère à un degré bien précis de maturité et le conduit alors vers le haut, vers ce qui est de même nature et dont la force d’attraction l’élève.[^*]
[^*] Conférence : « Je suis la résurrection et la Vie, nul ne vient au Père que par moi ! »
L’esprit n’a rien à voir avec l’intellect terrestre, mais uniquement avec ce que l’on désigne sous le nom de « qualités de cœur ». Être spirituel équivaut donc à « avoir du cœur » et non à être hautement intellectualisé.
Afin de mieux ressentir la différence, que l’être humain emploie à présent l’expression : « Il était une fois ! » Bien des chercheurs trouveront déjà là un éclaircissement. En s’examinant attentivement, ils pourront faire la distinction entre tout ce qui, jusqu’ici, a été utile à leur âme au cours de leur vie terrestre et ce qui a uniquement servi à faciliter leur réussite et leur travail dans leur environnement terrestre, donc ce qui renferme des valeurs non seulement pour la Terre mais aussi pour l’au-delà, et ce qui sert exclusivement à des fins terrestres mais reste sans valeur pour l’au-delà. L’un peut être emporté dans l’autre monde ; quant à l’autre, l’être humain le laisse derrière lui à son trépas, étant donné que cela appartient uniquement à cette Terre et ne peut plus lui être d’aucune utilité. Ce qu’il laisse derrière lui n’est qu’un instrument pour les réalisations d’ordre terrestre, un auxiliaire pour le temps qu’il passe sur Terre, et rien d’autre !
Or, si un instrument n’est pas utilisé uniquement pour ce qu’il est, mais estimé bien au-dessus de sa valeur, il ne peut évidemment répondre à des exigences de ce niveau, il occupe une place qui ne lui revient pas et est tout naturellement à l’origine d’insuffisances de toutes sortes qui ont, avec le temps, des conséquences désastreuses.
Le plus élevé de ces instruments est l’intellect terrestre qui, en tant que produit du cerveau humain, ne peut que porter en lui la limitation à laquelle reste invariablement soumis, en raison de sa propre essence, tout ce qui appartient à la matière dense physique. Le produit ne saurait être différent de son origine. Il reste toujours lié au genre de son origine, et il en va de même pour les œuvres nées de ce produit.
Il en résulte naturellement pour l’intellect un entendement des plus limités, uniquement terrestre et étroitement lié à l’espace et au temps. Étant issu de la matière dense qui, en soi, est inerte et ne renferme aucune vie propre, l’intellect est lui aussi dépourvu de force vivante. Il va de soi que cette particularité s’étend aussi à l’ensemble de son activité et qu’il lui est de ce fait impossible d’insuffler à ses œuvres quelque chose de vivant.
C’est dans ce fait naturel et incontournable que se trouve la clé des sombres événements qui se produisent au cours de l’existence de l’être humain sur cette petite Terre.
Nous devons enfin apprendre à différencier l’esprit de l’intellect, le noyau vivant de l’être humain de son instrument ! Si l’on place cet instrument au-dessus du noyau vivant, comme on l’a fait jusqu’ici, il en résulte quelque chose de malsain qui ne peut que renfermer dès le départ un germe de mort ; de ce fait, la partie vivante, celle qui est la plus élevée et la plus précieuse, se trouve comprimée, liée et coupée de son indispensable activité jusqu’à ce que, dans l’inévitable effondrement de cette construction sans vie, elle s’élève hors des décombres, libre mais inachevée.
Au lieu de dire : « Il était une fois », posons-nous maintenant la question : « Comment était-ce autrefois ? » L’effet est tout autre ! On remarque immédiatement une nette différence. La première expression parle à l’intuition, qui est liée à l’esprit. La deuxième, par contre, s’adresse à l’intellect. Des images toutes différentes surgissent alors. Elles sont dès le départ limitées, froides et sans chaleur vitale parce que l’intellect n’a rien d’autre à offrir.
Mais la plus grande faute de l’humanité est d’avoir mis dès le début sur un piédestal, en dansant littéralement autour de lui pour l’adorer, cet intellect qui ne peut toutefois créer que des œuvres fragmentaires et sans vie. On lui a donné une place qui devait être réservée exclusivement à l’esprit.
Cette façon d’agir va totalement à l’encontre des dispositions du Créateur, et par conséquent à l’encontre de la nature, étant donné que ces dispositions sont elles-mêmes ancrées dans l’activité de la nature. Voilà pourquoi rien ne peut mener à un but véritable, tout est au contraire voué à l’échec à l’endroit même où doit commencer la récolte. Il ne saurait en être autrement, puisqu’il s’agit d’un processus naturel et prévisible.
Ce n’est que dans la pure technique, dans toute industrie, qu’il en va autrement. Grâce à l’intellect, elle a atteint un très haut niveau, et elle progressera encore bien davantage à l’avenir ! Or, cela ne fait que prouver l’exactitude de mes exposés. La technique est et reste en toutes choses uniquement terrestre et morte. Et comme l’intellect fait lui aussi partie de tout ce qui est terrestre, il est en mesure de se développer brillamment dans la technique et de réaliser quelque chose de vraiment grand. Il y est à sa juste place et remplit sa véritable fonction !
Mais là où un élément « vivant », c’est-à-dire purement humain, doit également entrer en ligne de compte, l’intellect, en raison de son genre, ne suffit plus ; il est donc nécessairement mis en échec dès qu’il n’est pas guidé par l’esprit ! Car seul l’esprit est vie. Le succès au sein d’un genre déterminé ne peut jamais être obtenu que grâce à une activité de même genre. L’intellect terrestre ne pourra par conséquent jamais œuvrer spirituellement ! Voilà pourquoi cette humanité a commis une lourde faute en mettant l’intellect au-dessus de la vie.
À l’encontre des dispositions du Créateur qui, de fait, sont naturelles, l’être humain a littéralement inversé le sens de sa mission, il l’a pour ainsi dire renversé en accordant à l’intellect, qui vient en second et appartient uniquement au plan terrestre, la place la plus élevée, celle qui revient à l’esprit vivant. De ce fait, il est une fois de plus tout naturel qu’il soit dorénavant contraint de chercher péniblement de bas en haut au lieu de pouvoir, grâce à l’esprit, considérer les choses du haut vers le bas, car avec son entendement limité, l’intellect mis au-dessus de l’esprit empêche toute perspective plus vaste.
S’il veut se réveiller, il est tout d’abord obligé « d’intervertir les lumières » en mettant ce qui est actuellement en haut, à savoir l’intellect, à la place qui lui a été assignée par la nature, pour redonner à l’esprit le rang le plus élevé. Cette indispensable interversion est loin d’être facile pour l’être humain d’aujourd’hui. –
L’inversion effectuée jadis par les êtres humains, et radicalement opposée à la Volonté du Créateur et donc aux lois de la nature, constitua la « chute dans le péché » dont les conséquences dépassent en horreur tout ce que l’on peut imaginer, puisqu’elle se développa jusqu’à devenir le « péché originel ». Car, avec le temps, le fait d’avoir élevé l’intellect au rang de souverain absolu eut également pour conséquence toute naturelle que le cerveau fut lui aussi renforcé unilatéralement en raison de la culture et de l’activité unilatérales de l’intellect. C’est ainsi que seule se développa la partie du cerveau qui est chargée du travail de l’intellect, et que l’autre dut s’atrophier. Aujourd’hui, cette partie atrophiée par négligence ne peut donc plus agir qu’en tant que « cerveau des rêves », auquel on ne peut se fier parce que, même pendant les rêves, il se trouve encore soumis à la forte influence de ce que l’on nomme le cerveau diurne qui régit l’activité de l’intellect.
La partie de l’encéphale qui est destinée à former le pont qui relie à l’esprit, ou plus exactement le pont menant de l’esprit vers tout ce qui est terrestre, est ainsi paralysée, la liaison est rompue ou du moins fortement distendue ; l’être humain s’est ainsi coupé de toute activité de l’esprit et par là même aussi de la possibilité « d’animer », de spiritualiser et de vivifier son intellect.
Comme tout dans le corps, les deux parties de l’encéphale auraient dû être développées dans la même proportion en vue d’une harmonieuse activité en commun, l’esprit guidant, et l’intellect exécutant ici sur Terre. Il est donc évident que toutes les activités du corps, voire le corps lui-même, ne peuvent jamais être telles qu’elles le devraient étant donné que ce fait se répercute naturellement sur toutes choses et que l’essentiel fait donc défaut à tout ce qui est terrestre !
Que cette coupure soit allée de pair avec le fait de s’éloigner et de se détourner du Divin se comprend aisément, puisque la voie d’accès y menant n’existait plus.
À son tour, cet état de choses finit par avoir pour inconvénient que, depuis des millénaires, en raison de l’hérédité qui ne cesse de prendre de l’ampleur, chaque corps d’enfant qui vient au monde apporte sur Terre un cerveau antérieur intellectuel tellement développé que tout enfant se trouve dès le départ facilement assujetti à l’intellect dès que son cerveau déploie sa pleine activité. L’abîme entre les deux parties de l’encéphale est à présent devenu si grand et le rapport entre leurs possibilités d’action tellement inégal que, pour la plus grande partie de l’humanité, une amélioration n’est plus possible sans catastrophe.
L’homme intellectualisé d’aujourd’hui n’est plus un être humain normal : la partie principale de son encéphale, qui est le propre de l’être humain accompli, ne s’est absolument pas développée, étant donné qu’il l’a laissée dépérir depuis des millénaires. Sans exception, l’encéphale normal de tout intellectualiste est atrophié ! Ce sont donc des infirmes de l’encéphale qui règnent sur la Terre depuis des millénaires ; ils considèrent l’être humain normal comme un ennemi et cherchent à l’opprimer. Dans leur limitation, ils s’imaginent faire énormément de choses ; ils ignorent que l’être humain normal est capable d’en faire dix fois plus et de créer des œuvres durables et plus accomplies que celles qui résultent des efforts actuels ! La voie qui permet d’acquérir cette faculté est ouverte à toute personne qui cherche vraiment sérieusement !
Cependant, un intellectualiste ne sera plus en mesure de saisir aussi aisément ce qui relève de l’activité de cette partie atrophiée de son encéphale ! Il ne le peut tout simplement pas, quand bien même il le voudrait, et seule son étroitesse volontaire le pousse à ridiculiser tout ce qui lui est inaccessible et qu’il ne saisira plus jamais à cause de son encéphale anormal qui est en réalité arriéré.
C’est justement là que réside le côté le plus terrible de la malédiction qui est due à cet égarement contre nature. L’harmonieuse collaboration des deux parties de l’encéphale humain, cette collaboration qui est inhérente à l’homme normal, est à jamais exclue pour les êtres intellectualisés d’aujourd’hui que l’on nomme matérialistes. –
Être matérialiste n’est certainement pas élogieux, mais bien la preuve que l’encéphale est atrophié.
C’est donc un encéphale dénaturé qui règne jusqu’à ce jour sur cette Terre. Son activité doit évidemment finir par conduire à l’inéluctable effondrement dans tous les domaines, étant donné que tout ce qu’il veut apporter renferme dès le départ et de façon conforme à la nature, en raison même de cette atrophie, la disharmonie et quelque chose de malsain.
À présent, on ne peut plus rien y changer, il convient au contraire, en toute sérénité, de laisser venir l’effondrement qui se prépare naturellement. Mais alors ce sera pour l’esprit le jour de la résurrection en même temps qu’une vie nouvelle ! L’esclave de l’intellect, qui tient les rênes depuis des millénaires, se trouvera ainsi éliminé pour toujours ! Jamais plus il ne pourra se relever parce que la preuve qui lui sera donnée, de même que sa propre expérience vécue, le contraindront, malade et appauvri en esprit, à se soumettre enfin de son plein gré à ce qu’il ne pouvait comprendre. Plus jamais il n’aura l’occasion, sous le couvert du droit, de s’élever contre l’esprit, ni par la raillerie, ni par la violence, dont on usa à l’encontre du Fils de Dieu, le contraignant à s’y opposer.
Si, à cette époque, bien des malheurs auraient encore pu être évités, ce n’est plus possible aujourd’hui ; car, depuis lors, la liaison qui s’est relâchée entre les deux parties de l’encéphale ne peut plus être rétablie.
Il se trouvera bon nombre d’intellectualistes pour tenter une fois de plus de tourner en dérision les explications données dans cette conférence en ayant recours à des expressions toutes faites, mais comme toujours, ils ne parviendront pas à fournir une seule preuve vraiment objective du contraire. Quiconque cherche et réfléchit sérieusement ne pourra voir dans leur emportement aveugle qu’une preuve supplémentaire de ce que j’ai expliqué ici. Ils n’y parviendront pas, même en se donnant du mal. Par conséquent, considérons-les dorénavant comme des malades qui auront bientôt besoin d’aide et… attendons tranquillement.
Point n’est besoin de combats ni d’actes de violence pour imposer à tout prix l’indispensable progrès ; car la fin viendra d’elle-même. Là encore, selon les effets inflexibles de la loi de la rétroaction, le cours naturel des événements s’accomplit, inexorablement, et à l’heure dite. – –
C’est alors que naîtra une « génération nouvelle », annoncée par diverses prophéties. Cependant, celle-ci ne sera pas uniquement faite de naissances nouvelles, comme on en voit déjà en Californie et en Australie où naissent des enfants doués d’un « sens nouveau » ; il s’agira essentiellement d’êtres humains qui sont déjà vivants et que bien des événements à venir ne tarderont pas à rendre « lucides ». Ils auront alors le même « sens » que ces nouveau-nés actuels, et ce sens n’est rien d’autre que la faculté de vivre dans le monde avec un esprit ouvert et non limité qui ne se laisse plus opprimer par l’étroitesse de l’intellect. Le péché originel sera ainsi effacé !
Cela n’a toutefois rien à voir avec les capacités désignées jusqu’à présent sous le terme de « facultés occultes ». Il s’agira simplement de l’être humain normal, tel qu’il doit être ! Le fait de « devenir lucide » n’a rien à voir avec la « voyance » mais signifie « avoir du discernement », c’est-à-dire reconnaître.
Les êtres humains seront alors en mesure de tout observer sans être influencés, ce qui revient à dire qu’ils seront en état de juger. Ils verront l’intellectualiste tel qu’il est réellement, avec son étroitesse de vue si dangereuse pour lui et pour son entourage, une étroitesse qui engendre à la fois le despotisme arrogant et la manie de vouloir toujours avoir raison qui, en réalité, en fait partie.
Ils verront aussi comment l’humanité entière a, sous une forme ou sous une autre et en une rigoureuse logique, souffert sous ce joug depuis des millénaires et comment, en tant qu’ennemi héréditaire, cette plaie cancéreuse s’est toujours opposée à l’évolution de l’esprit humain libre, c’est-à-dire au but essentiel de l’existence humaine ! Rien ne leur échappera, pas même l’amère certitude que les tribulations, toutes les souffrances et chaque effondrement ne pouvaient venir que de ce mal et qu’aucune amélioration n’a jamais pu se produire parce que la limitation de la faculté d’entendement excluait dès l’abord tout discernement.
Mais avec ce réveil, toute l’influence, toute la puissance des intellectualistes aura pris fin. À tout jamais ; car une ère nouvelle et meilleure, où rien de ce qui est ancien ne pourra plus subsister, s’instaurera pour l’humanité.
Ainsi viendra l’indispensable victoire de l’esprit sur l’intellect défaillant, une victoire ardemment souhaitée dès aujourd’hui par des centaines de milliers d’êtres humains. Parmi les masses qui ont jusqu’à présent été induites en erreur, nombreux seront ceux qui reconnaîtront encore qu’ils avaient jusqu’alors interprété le mot « intellect » de façon complètement fausse. La plupart ont en effet tout simplement fait de l’intellect une idole, sans le soumettre au moindre examen, uniquement parce que les autres le présentaient ainsi et que tous ses partisans s’y entendaient à s’imposer par la force et par la loi comme maîtres infaillibles et absolus. Voilà pourquoi beaucoup ne se donnent même pas la peine de découvrir le vide réel et les lacunes qui se cachaient derrière tout cela.
Il est vrai que, depuis des dizaines d’années, il en est d’autres qui luttent en secret, et parfois même ouvertement, contre cet ennemi avec une énergie et une conviction tenaces, en étant par moments exposés aux pires souffrances. Mais ils combattent sans connaître l’ennemi lui-même ! Évidemment, cela a rendu le succès plus difficile, et même d’emblée impossible. L’épée des combattants n’était pas suffisamment affilée parce qu’ils s’en servaient constamment pour des actions secondaires qui l’ébréchaient. De plus, lors de ces actions secondaires, ils frappaient toujours à côté, dans le vide, gaspillant leurs propres forces et ne réussissant qu’à semer la discorde dans leurs rangs.
Il n’y a en réalité sur toute la ligne qu’un seul ennemi de l’humanité : la domination absolue de l’intellect jusqu’à ce jour ! Telle fut la grande chute dans le péché, la faute la plus grave de l’être humain, celle qui entraîna tout le mal. C’est cela qui devint le péché originel, et c’est aussi cela qui est l’antichrist dont il fut annoncé qu’il relèvera la tête. En termes plus explicites, son instrument est la domination de l’intellect, et c’est par l’intermédiaire de cet instrument que les êtres humains sont tombés sous sa coupe. Lui, l’ennemi de Dieu, l’antichrist en personne… Lucifer ![^**]
[^**] Conférence : « L’antichrist »
Nous nous trouvons au cœur de cette époque ! Il habite aujourd’hui chaque être humain, prêt à le pervertir, puisque la conséquence immédiate et toute naturelle de son activité fait que l’homme se détourne de Dieu. Dès qu’il peut exercer sa domination, il neutralise l’esprit.
Que l’homme redouble donc de vigilance ! –
Il ne doit pas pour autant minimiser son intellect, mais en faire ce qu’il est : un instrument, et non la volonté qui fait loi. Il ne doit pas en faire un maître !
L’être humain de la génération à venir ne pourra considérer l’époque actuelle qu’avec dégoût, horreur et honte. Ce sera un peu comme ce que nous ressentons en pénétrant dans une ancienne chambre de torture. Là encore, nous voyons les mauvais fruits de la froide gestion de l’intellect. Il est en effet indiscutable qu’un être humain ayant tant soit peu de cœur, donc une activité spirituelle, n’aurait jamais imaginé de telles atrocités ! Au fond, il n’en va pas autrement de nos jours, les choses sont seulement un peu plus déguisées, et les malheurs qui s’abattent sur des foules entières sont des fruits tout aussi pourris que l’étaient les tortures individuelles d’autrefois.
Plus tard, lorsque l’être humain jettera un regard en arrière, il n’en finira pas de hocher la tête en se demandant comment, pendant des millénaires, il fut possible de supporter en silence de tels égarements. La réponse va tout simplement de soi : par la contrainte ! Où que l’on regarde, il est aisé de s’en rendre compte. Sans remonter jusqu’à la nuit des temps, il nous suffit de pénétrer dans les chambres de torture mentionnées plus haut, comme on peut encore en voir partout de nos jours et dont l’utilisation n’est pas si lointaine.
Nous sommes saisis d’horreur à la vue de ces vieux instruments. De quelle froide brutalité, de quelle bestialité ne témoignent-ils pas ! Il n’y aura pratiquement personne aujourd’hui pour contester que cette ancienne façon d’agir ait été un crime de la plus vile espèce. C’est ainsi que l’on commit à l’égard des criminels un crime encore plus grand. Mais, arraché à sa famille et à la liberté, plus d’un innocent fut lui aussi brutalement jeté dans ces souterrains. Que de lamentations, que de cris de douleur ont expiré sur les lèvres de ceux qui étaient abandonnés à la merci de leurs tortionnaires ! Des êtres humains ont dû supporter des choses dont la seule pensée vous remplit d’horreur et de dégoût.
Chacun ne peut s’empêcher de se demander comment il fut humainement possible d’agir ainsi à l’égard de ces êtres sans défense, et de surcroît sous le couvert du droit, un droit qui n’avait pourtant été extorqué en ce temps-là que par la force. Et voilà que, en leur infligeant des douleurs physiques, on arrachait à nouveau des aveux aux suspects afin de pouvoir ensuite les assassiner en toute tranquillité ! Même lorsque ces aveux étaient uniquement faits sous la contrainte pour échapper à ces tortures physiques insensées, ils suffisaient aux juges, car c’est ce dont ils avaient besoin pour satisfaire à « la lettre de la loi ». Ces gens si bornés s’imaginaient-ils vraiment pouvoir se disculper aussi devant la Volonté divine et se soustraire à l’action inexorable de la loi fondamentale de la rétroaction ?
Soit tous ces gens étaient le rebut des criminels les plus endurcis qui avaient l’audace de juger autrui, soit cette façon de faire montrait très clairement l’étroitesse maladive de l’intellect terrestre. Il ne saurait y avoir de moyen terme.
Selon les lois divines de la Création, tout dignitaire, tout juge – quelle que soit la fonction qu’il occupe sur Terre – ne devrait jamais, dans son activité, être placé sous la protection de cette fonction. Au contraire, seul et à titre purement personnel, sans être protégé, il doit, comme tout autre être humain, porter lui-même l’entière responsabilité de ce qu’il fait dans l’exercice de sa fonction. Non seulement spirituellement mais aussi sur le plan terrestre. Chacun prendra alors sa charge beaucoup plus au sérieux et l’exercera bien plus consciencieusement. Et les prétendues « erreurs », dont les conséquences sont à jamais irréparables, ne se produiront certainement plus aussi facilement. Sans parler des souffrances physiques et morales des victimes et de leurs proches.
Dans le même ordre d’idées, examinons maintenant les procès des prétendues « sorcières ».
Quiconque eut un jour accès aux dossiers de tels procès souhaiterait, pris d’une honte cuisante, n’avoir jamais fait partie de cette humanité. En ce temps-là, il suffisait que quelqu’un ait des connaissances sur les plantes médicinales – peu importe que son savoir ait été acquis par la pratique ou qu’il lui ait été transmis – et qu’il s’en serve pour aider les personnes souffrantes qui l’en priaient, pour qu’il soit impitoyablement soumis à ces tortures dont seule la mort sur le bûcher finissait par le délivrer, à moins que son corps n’ait déjà succombé auparavant à ces atrocités.
Même la beauté physique, notamment une chasteté qui refusait de céder, pouvait autrefois donner lieu à pareille cruauté.
Vinrent ensuite les abominations de l’Inquisition ! Relativement peu d’années nous séparent de cet « autrefois » !
Tout comme nous avons conscience aujourd’hui de cette injustice, le peuple la ressentit jadis exactement de la même façon. Il n’était en effet pas encore aussi limité par « l’intellect » et, de temps à autre, perçait encore en lui l’intuition, c’est-à-dire l’esprit.
Ne voit-on pas aujourd’hui en tout cela une parfaite étroitesse de vue ? Une stupidité irresponsable ?
On en parle avec supériorité et en haussant les épaules, mais au fond rien n’a changé. La suffisance bornée à l’égard de tout ce que l’on ne comprend pas est restée exactement la même, à cette différence près qu’au lieu d’infliger des tortures, on se moque aujourd’hui ouvertement de tout ce que sa propre étroitesse empêche de comprendre.
Que plus d’un batte donc sa coulpe et réfléchisse enfin sérieusement à tout cela sans se ménager ! Les champions de l’intellect, c’est-à-dire des êtres humains pas tout à fait normaux, considèrent dès l’abord comme un imposteur – bien souvent jusque devant les tribunaux – toute personne qui a la faculté de savoir ce qui est inaccessible à d’autres, ou peut-être même de voir le monde de matière subtile avec ses yeux de matière subtile, comme une chose toute naturelle dont on ne doutera plus d’ici très peu de temps et à laquelle on s’attaquera encore moins de façon brutale.
Et malheur à celui qui, ne sachant lui-même que faire de ses dons, parle en toute ingénuité de ce qu’il a vu et entendu ! Il devrait plutôt en redouter les conséquences, tout comme les premiers chrétiens sous Néron avec ses complices toujours prêts au meurtre.
Si, de surcroît, il a même d’autres facultés qui ne pourront jamais être comprises par ces intellectualistes invétérés, il est immanquablement traqué sans merci, calomnié, rejeté, s’il ne fait pas la volonté de tout un chacun ; dans toute la mesure du possible, il est « mis hors d’état de nuire », comme on le dit si élégamment. Personne n’en éprouve le moindre remords. De nos jours encore, un tel être est considéré comme un hors-la-loi par des gens d’une moralité parfois douteuse. Plus quelqu’un est borné, plus il s’illusionne sur sa propre sagacité et plus grand est son penchant à l’outrecuidance.
On n’a tiré aucune leçon de ces événements d’autrefois, avec leurs tortures, leurs bûchers et leurs procès aux dossiers tellement ridicules ! Car chacun peut, aujourd’hui encore, souiller et insulter impunément ce qui sort de l’ordinaire et que l’on ne comprend pas. Il n’en va ici pas autrement que jadis.
Pires encore que la justice furent les inquisitions dont l’origine fut l’Église. Les cris des torturés étaient alors couverts par de pieuses prières. Ce fut là un outrage à la Volonté divine dans la Création ! Les représentants ecclésiastiques de ce temps-là prouvèrent ainsi qu’ils n’avaient pas la moindre notion du véritable enseignement du Christ, pas plus que de la Divinité et de sa Volonté créatrice dont les lois sont immuablement ancrées dans la Création, où elles œuvrent, identiques à elles-mêmes depuis le commencement et jusqu’à la fin des temps.
Dieu déposa la liberté de décision dans l’essence même de l’esprit humain. C’est uniquement grâce au libre arbitre qu’il peut mûrir comme il le doit, se polir et se développer pleinement. Seule cette faculté lui en donne la possibilité. Mais si le libre arbitre est entravé, cela constitue un frein, voire une régression forcée.
Cependant, comme beaucoup de religions, les Églises chrétiennes combattirent jadis ces dispositions divines et s’y opposèrent avec la plus grande cruauté. Par la torture et finalement par la mort, elles voulurent contraindre des êtres humains à s’engager et à se maintenir sur certaines voies en confessant une foi qui était contraire à leur conviction et donc contraire à leur volonté. Elles violèrent ainsi le Commandement divin. Mais ce ne fut pas tout, elles empêchèrent l’humanité de progresser spirituellement et la firent même rétrograder de plusieurs siècles.
Jamais de telles choses n’auraient dû ni pu se produire si s’était manifestée ne serait-ce qu’une étincelle issue de la véritable intuition, donc de l’esprit ! C’est donc uniquement la froideur de l’intellect qui fut à l’origine de ce comportement inhumain.
Plus d’un pape fit lui-même administrer du poison et accepta que l’on ait recours au poignard – faits historiquement prouvés – pour réaliser ses désirs purement terrestres et arriver à ses fins. Pareille chose n’a pu se faire que sous la domination de l’intellect qui, dans sa marche victorieuse, a tout asservi et n’a reculé devant rien. –
Et au-dessus de tout régnait et règne encore, selon un accomplissement inéluctable, la Volonté d’airain de notre Créateur. Au moment de passer dans l’au-delà, chaque être humain se trouve dépouillé de la puissance terrestre et de la protection qu’elle lui offre. Son nom, sa situation, tout reste derrière lui. Seule une pauvre âme humaine passe de l’autre côté pour y recevoir et y goûter ce qu’elle a semé. Aucune exception n’est possible ! Son chemin la conduit à travers tous les rouages de la Justice divine dont les effets rétroactifs sont inconditionnels. Il n’existe là ni Église ni État, mais uniquement des âmes humaines individuelles qui ont personnellement des comptes à rendre pour chaque erreur qu’elles ont commise !
Celui qui transgresse la Volonté de Dieu, donc celui qui commet un péché dans la Création, est soumis aux conséquences de cette transgression, peu importe qui il est et sous quel prétexte il a agi. Que ce soit un crime commis à titre individuel ou perpétré sous le couvert de l’Église, de la justice… un crime contre le corps ou contre l’âme est et demeure un crime ! On ne peut rien y changer, fût-ce par un simulacre de droit, qui est loin d’être toujours le droit puisque, évidemment, les lois elles-mêmes n’ont été instaurées que par des intellectualistes et que, de ce fait, elles portent nécessairement en elles la limitation propre à ce qui est terrestre.
Que l’on considère simplement la législation de nombreux États, notamment en Amérique Centrale et en Amérique du Sud : celui qui dirige aujourd’hui le pays et qui, à ce titre, jouit de tous les honneurs, peut du jour au lendemain être jeté en prison ou exécuté comme un criminel si son adversaire réussit à s’emparer du pouvoir par un coup d’État. S’il échoue, c’est lui qui, au lieu d’être reconnu comme le dirigeant du pays, sera considéré comme un criminel et poursuivi. Et tous les services officiels servent avec empressement aussi bien l’un que l’autre. Même un voyageur qui parcourt le monde se voit souvent contraint, en passant d’un pays à l’autre, de changer de conscience comme on change de vêtement, s’il veut être considéré partout comme quelqu’un d’honorable. Ce qui, dans tel pays, est considéré comme un crime, est très souvent permis dans tel autre ; bien plus, c’est peut-être même souhaité.
Cela n’est évidemment possible que pour les conquêtes de l’intellect terrestre, mais jamais là où ce dernier est tenu d’occuper la place qui lui revient tout naturellement en tant qu’instrument de l’esprit vivant ; car celui qui écoute l’esprit ne manquera jamais d’observer les lois de Dieu. Et là où ces lois sont prises pour base, il ne peut y avoir ni imperfections ni lacunes, mais uniquement une cohérence qui est source de bonheur et de paix. Dans leurs traits fondamentaux, les manifestations de l’esprit ne peuvent toujours être que rigoureusement identiques. Jamais elles ne s’opposeront les unes aux autres.
De même, la juridiction, la médecine et l’art de gouverner un État sont condamnés à rester de médiocres métiers là où seul l’intellect peut en constituer la base et où le spirituel fait défaut. Il ne saurait tout simplement en être autrement. À condition évidemment que l’on parte toujours de la véritable notion « d’esprit ». –
Le savoir est un produit, mais l’esprit est vie ; sa valeur et sa force ne peuvent être mesurées qu’en fonction de sa relation avec l’origine du spirituel. Plus cette relation est étroite, plus la partie issue de l’origine est valable et puissante. Mais plus cette relation se relâche, plus la partie qui en est issue – en l’occurrence l’être humain en question – est nécessairement éloignée, étrangère, isolée et faible.
Tout cela est si simple et si évident que l’on a du mal à comprendre comment les intellectualistes égarés ne cessent de passer outre, comme s’ils étaient aveugles, car le tronc, la fleur et le fruit reçoivent ce que donne la racine ! Mais, là encore, se manifeste la désespérante autolimitation de leur entendement. Ils ont péniblement érigé un mur devant eux, si bien qu’ils ne peuvent à présent plus voir au-delà et encore moins au travers.
Avec leurs sourires suffisants, prétentieux et ironiques, et avec leur arrogance et leurs airs de supériorité à l’égard de ceux qui ne sont pas aussi profondément assujettis qu’eux, ils ne peuvent qu’être considérés comme de pauvres fous malades par tous ceux qui sont spirituellement vivants. Malgré toute la pitié qu’ils inspirent, on doit leur laisser leurs illusions car, en raison des limites de leur entendement, ils passent avec indifférence devant des faits prouvant le contraire. Tout effort pour y remédier ne peut qu’être comparable à la vaine tentative de redonner la santé à un corps malade en le revêtant d’un manteau neuf et resplendissant.
Le matérialisme a d’ores et déjà dépassé son apogée et, partout défaillant, il est condamné à s’écrouler sous peu. Non sans entraîner beaucoup de bon dans sa chute. Ses adeptes, qui ont déjà atteint les limites de leurs capacités, seront bien vite désorientés par leurs propres œuvres, puis par eux-mêmes, sans apercevoir l’abîme qui s’est ouvert devant eux. Ils seront bientôt comme un troupeau sans berger, l’un se méfiant de l’autre, chacun suivant sa propre voie tout en s’élevant encore orgueilleusement au-dessus des autres. Sans avoir mûrement réfléchi, en se contentant de suivre de vieilles habitudes.
Marqués par tous les signes extérieurs de leur vide intérieur, ils finiront par tomber aveuglément dans l’abîme. Ils considèrent encore comme venant de l’esprit ce qui n’est que le produit de leur propre cerveau. Mais comment une matière inerte pourrait-elle engendrer l’esprit vivant ? Sur bien des points, ils sont fiers de l’extrême précision de leur raisonnement et, pour les choses importantes, ils laissent sans aucun scrupule subsister les lacunes les plus injustifiables.
Chaque nouveau pas, chaque tentative d’amélioration devra invariablement porter en soi toute la sécheresse des œuvres de l’intellect et, par conséquent, le germe de l’inéluctable effondrement.
Tout ce que je dis ainsi n’est ni une prophétie ni une prédiction dénuée de fondement, mais la conséquence immuable de la Volonté créatrice qui donne vie à toute chose et dont j’explique les lois dans mes conférences. Celui qui, en esprit, suit avec moi les chemins qui y sont clairement indiqués ne peut qu’embrasser du regard la fin inévitable et en prendre conscience. Tous les indices sont déjà là.
On se plaint, on se récrie, on constate avec écœurement que les aberrations du matérialisme prennent aujourd’hui des formes à peine concevables. On implore, on prie pour être délivré de ce supplice, pour que les choses s’améliorent et que prenne fin cette décadence sans bornes. Les rares êtres humains qui ont réussi à sauver de cette marée d’événements incroyables une quelconque manifestation de la vie de leur âme, ceux qui n’ont pas été spirituellement étouffés dans la décadence générale qui, trompeusement, affiche fièrement le nom de « progrès », ont l’impression d’être des exclus, des arriérés ; ils sont d’ailleurs considérés comme tels et ridiculisés par les foules moutonnières et sans âme des temps modernes.
Une couronne de lauriers à tous ceux qui ont eu le courage de ne pas se joindre aux masses ! À ceux qui, fièrement, sont restés en arrière sur le chemin abrupt et escarpé !
Celui qui, aujourd’hui encore, s’estime malheureux à cause de cela n’est qu’un somnambule ! Ouvrez donc les yeux ! Ne voyez-vous pas que tout ce qui vous oppresse est déjà le commencement de la fin brutale du matérialisme qui ne domine plus actuellement qu’en apparence ? L’édifice entier est déjà en train de s’écrouler sans que ceux qui en ont souffert et doivent encore en souffrir y soient pour quelque chose. L’humanité intellectualisée doit désormais récolter ce qu’elle a produit, nourri, cultivé et adulé pendant des milliers d’années.
Pour les notions humaines, c’est une longue période, mais pour les meules autoactives de Dieu dans la Création, c’est un court laps de temps. Où que vous regardiez, tout est voué à l’échec. Tout reflue et s’amoncelle de façon menaçante, tel un énorme rempart qui s’écroulera et s’effondrera bientôt, ensevelissant profondément ses adorateurs sous ses ruines. C’est l’inexorable loi de la rétroaction qui doit se manifester de façon effroyable lors de ce déclenchement parce que, durant des milliers d’années, et malgré de multiples expériences, un changement allant dans le sens de ce qui est plus élevé ne s’est jamais produit ; au contraire, le même chemin erroné fut encore élargi.
Vous qui êtes découragés, le temps est venu ! Relevez la tête que vous avez souvent dû baisser honteusement quand l’injustice et la bêtise parvenaient à vous causer de si profondes souffrances ! Regardez aujourd’hui calmement l’adversaire qui voulait vous opprimer de la sorte !
Le costume d’apparat porté jusqu’alors est déjà en lambeaux. Par toutes les déchirures, on voit enfin la silhouette sous sa véritable forme. Mal assuré mais toujours aussi prétentieux, le produit affaibli du cerveau humain, l’intellect, qui se fit élever au rang de l’esprit, se révèle tel qu’il est, incapable de comprendre !
Ôtez donc en toute quiétude le bandeau que vous portez devant les yeux et regardez plus attentivement autour de vous ! Le seul fait de parcourir des journaux, par ailleurs très corrects, révèle bien des choses à un regard lucide. On voit des efforts désespérés pour se raccrocher aux anciennes apparences. Avec arrogance, et souvent par des plaisanteries fort grossières, on cherche à dissimuler un manque de compréhension toujours plus manifeste. En s’exprimant de manière incongrue, l’être humain veut souvent juger d’une chose dont en réalité il n’a manifestement pas la moindre notion.
Aujourd’hui, même des personnes ayant de bonnes dispositions se retranchent, désarmées, dans ces comportements douteux, uniquement pour ne pas avoir à reconnaître que tant de choses dépassent la capacité d’entendement de leur propre intellect auquel, jusqu’ici, elles ont exclusivement voulu se fier. Elles ne ressentent pas le ridicule de leur attitude et ne voient pas les faiblesses qu’elles contribuent ainsi à aggraver. Déroutées, aveuglées, elles se trouveront bientôt face à la Vérité et feront le triste bilan de leur vie manquée, en reconnaissant enfin avec honte qu’il n’y avait que stupidité précisément là où l’on se croyait avisé.
Jusqu’où n’en est-on pas arrivé aujourd’hui ? L’homme musclé est porté au pinacle ! Un savant sérieux qui, après des dizaines d’années de travail acharné, a découvert un sérum offrant chaque année à des centaines de milliers d’êtres humains, petits et grands, aide et protection contre des maladies mortelles, a-t-il jamais connu un triomphe pareil à celui d’un boxeur qui, avec une brutalité grossière et purement terrestre, terrasse son semblable ? Pourtant, une seule âme humaine en tire-t-elle un profit quelconque ? Tout cela n’est que terrestre, entièrement terrestre, c’est-à-dire situé très bas dans la grande œuvre de la Création ! Cela correspond au veau d’or de l’activité intellectuelle. C’est le triomphe de ce pseudo-prince d’argile si fortement lié à la Terre, sur l’humanité bornée ! – –
Et personne ne voit cette chute vertigineuse dans l’épouvantable abîme !
Celui qui ressent tout cela intuitivement se renferme encore momentanément dans le silence, avec l’humiliante certitude d’être de toute façon ridiculisé s’il parle. Un délire frénétique, dans lequel on commence toutefois à prendre conscience de son incapacité, se manifeste d’ores et déjà. Et parce que l’on pressent la prise de conscience, tout se cabre encore davantage, rien que par obstination, par vanité et, ce qui n’est pas le moindre, par crainte, par peur de ce qui va venir. On ne veut à aucun prix penser dès maintenant au moment où cette grave erreur prendra fin ! On se cramponne désespérément à l’orgueilleuse construction des millénaires passés, qui ressemble tout à fait à la tour de Babel et finira comme elle !
Le matérialisme jusqu’ici indompté porte en lui un pressentiment de mort qui, mois après mois, se manifeste plus nettement. –
De nombreuses âmes humaines commencent cependant à se mettre en mouvement, en tout lieu et sur la Terre entière ! L’éclat de la Vérité n’est plus recouvert que d’une mince pellicule faite d’anciennes conceptions erronées que balaiera le premier coup de vent de l’épuration afin de libérer le noyau dont la clarté s’unira à celle de tant d’autres pour se déployer en un faisceau de rayons qui, tel un feu de gratitude, s’élèvera vers le royaume de la joie lumineuse, aux pieds du Créateur.
Ce sera l’ère du Règne de mille ans si ardemment désiré, ce Règne qui nous attend, tel une grande étoile d’espérance, en une rayonnante promesse !
Ainsi sera enfin racheté le grand péché de toute l’humanité contre l’esprit, ce péché qui le maintenait enchaîné à la Terre à cause de l’intellect ! Cela seul constitue le vrai chemin du retour au naturel, le chemin de la Volonté du Créateur qui veut que les œuvres humaines soient grandes et pénétrées de vivantes intuitions ! Et la victoire de l’esprit sera en même temps la victoire du plus pur Amour !